La vie absolue (2023)

« Ici repose Jacques Lormeau (1962-1996). Il m’a fallu un certain temps pour renouer avec cette identité révolue, mais je comprends désormais l’urgence qui m’a ramené à mon point de départ. »

Vingt-cinq ans après l’immense succès de La vie interdite, Didier van Cauwelaert « ressuscite » l’un de ses personnages emblématiques. Jacques, sur décision de justice, est exhumé dans le cadre d’une recherche de paternité. Dès lors, l’esprit de ce quincaillier de 34 ans se retrouve englué malgré lui dans les passions, les mensonges et les mesquineries de la petite ville de province qui se déchire autour de sa mémoire.

Comment sauver la jeune femme brisée qui voudrait tant être sa fille ? Lui qui est passé à côté de sa vie n’a aucune envie de rater sa mort, mais quelle est sa marge de manœuvre ? Quand on n’est plus de ce monde, a-t-on encore les moyens de le changer ?

Avec son humour ravageur et sa tendresse poignante, le prix Goncourt 1994 nous entraîne dans le fascinant voyage posthume qui, peut-être, nous attend tous.

La genèse du Roman

Les personnages de ce nouveau livre sont nés quand j’avais dix-sept ans. Pour fuir les révisions du bac, je m’étais plongé dans l’écriture d’un texte qui commençait par : « Je suis mort à sept heures du matin. Il est huit heures vingt-huit sur l’écran du radio-réveil, et personne ne s’en est encore rendu compte. » C’était La Vie interdite. Jacques Lormeau, quincaillier à Aix-les-Bains, se retrouvait au-dessus du frigo, en train d’observer sa dépouille et la comédie humaine qui allait se déchaîner autour de son décès.

J’ai calé au bout de vingt pages. Je n’avais pas encore les moyens narratifs ni l’assise spirituelle nécessaires pour mener à bien une telle histoire. Mais, en marge des sept romans que j’ai écrits « à la place », Jacques et les siens n’ont cessé de m’accompagner durant plus de quinze ans. Je les sentais parler, agir, vibrer dans ma tête. Je prenais des notes, en vue d’un rendez-vous de retrouvailles que j’avais toujours de bonnes raisons pour différer.

Et puis, en 1994, on m’a donné le prix Goncourt. Le plus beau cadeau qui soit dans une vie de romancier. J’ai décidé de l’honorer à ma façon. Le lendemain de la proclamation, je me suis levé à sept heures pour mourir à nouveau dans la peau de Jacques Lormeau, juste avant de courir entamer mon marathon d’interviews. Plus question de me dérober, de fuir cette histoire qui me hantait, de me soustraire à l’appel de ces aventures post mortem, angoissantes et jubilatoires, qui résonnait de plus en plus fort en moi. Résultat : j’ai d’autant mieux vécu l’année de folie du Goncourt que, lorsque je quittais les projecteurs et les micros, je regagnais mon outre-tombe.

La Vie interdite est paru en 1997. C’est un de mes romans qui est le plus lu, aujourd’hui encore, celui dont on me parle le plus, avec des accents de gratitude qui me touchent bien davantage que l’éloge : « Jamais je n’aurais cru que la mort me ferait rire », Vous m’avez enlevé la peur de mourir », « Merci de m’avoir aidé à faire mon deuil »… Pendant vingt-cinq ans, on m’a réclamé la suite. On me demandait : « Que devient Jacques dans l’au-delà ? » J’en avais une vague idée, je sentais au fond de moi qu’il avait envie de reprendre la parole, mais je ne savais pas du tout dans quel contexte. Dès lors que son esprit s’était détaché de la Terre et des siens pour évoluer sous d’autres cieux, quelle situation pouvait le ramener en arrière, le remettre en scène dans son ancienne vie, lui faire nouer de nouveaux liens avec sa veuve et son fils ?

Un jour, j’ai trouvé. La plus prosaïque, la plus triviale, la plus brutale des raisons : l’exhumation de son corps pour une recherche de paternité. L’impact créé par l’événement va bousculer le cours de sa mort. Et peu importe qu’il ne soit pas le père de Morgane, il va le devenir grâce à son fils. Hacker de génie, Lucien est bouleversé par la situation de la jeune étudiante, cramponnée au mensonge thérapeutique que lui a fait sa mère avant de se suicider. En falsifiant le comparatif ADN, Lucien va lui offrir une nouvelle famille, un autre regard sur elle-même, une chance d’échapper à l’image et à l’hérédité de l’homme qui l’a mise au monde : un pédocriminel en série qui vient d’être démasqué, arrêté, starisé par les médias. Mais, en se créant une demi-sœur, ne risque-t-on pas de tomber amoureux de sa création ?

Captif des sentiments passionnés des deux jeunes pour qui il est devenu un trait d’union vital, l’esprit de Jacques se laisse entraîner dans une cascade d’émotions, de rebondissements catastrophes et de bonheurs dangereux, qu’il subit tout autant qu’il les influence… Ne serait-ce pas la clé qui manquait à son évolution ?

Souvent, je découvre en cours de route ce que mon roman veut me dire. Ici, je me suis retrouvé confronté à tous les thèmes qui m’obsèdent : la seconde chance, la force des liens entre le visible et l’invisible, la reprise de pouvoir de l’humour sur le drame, le mensonge d’amour qui révèle la vérité des êtres, l’imposture qui permet d’éclairer notre nature profonde…

Je ne sais pas si La Vie absolue est un roman testament. Ce qu’il m’importait d’écrire, c’est une histoire de reconstruction posthume au service des vivants. Une comédie d’enfer avec un arrière-goût de paradis…

Une galerie de personnages incroyables, et tellement de rebondissements... Éminemment romanesque !
Culture Médias, Europe 1
Philippe Vandel
Les errances du héros nous font éclater de rire quasiment à chaque page !
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Sensibilité, humour, profondeur... Une pépite au pouvoir énergisant !
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